26 octobre 2011

A la faveur de ma plume: 14 ans.

14 ans.

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« Un panier, comme le bonhomme à glace alors! » « On dit bonhomme de neige Anouck » La petite fille ne se démonta pas. «  Oui comme le bonhomme de neige devant le centre commercial ! Un gros ! Où PetitChien pourra se mettre avec ses jouets ! Tu as dit qu'on irait l'acheter avec Maman bientôt ! Avant mon anniversaire ! Hein tu as dit oui ? » Ali n'écoutait sa petite sœur que d'une oreille. Elle guettait le petit « clic » tant attendu de la ligne internet se connectant. « IIIIiiiiieeeeeIIIIII » Faisait celle-ci. La jeune fille imaginait toujours que ces bruits était en fait l'œuvre d'un petit animal se tortillant dans des canalisations pour la relier au monde entier. Elle essayait toujours de déchiffrer les étranges vagissements électroniques afin de prédire à quel moment « l'instant » allait se produire. Anouck, fatiguée de se voir ainsi ignorée, finit par sortir en sautillant. Ali se dit qu'elle n'étais pas très gentille avec sa petite sœur mais elle était trop pressée de se servir de son ordinateur. Pas celui de la famille, non, son ordinateur à elle ! Ce Noël avait été véritablement surprenant.

Il y a un peu moins d'un an, ses parents avaient décidé de se séparer. A 14 ans, Ali était assez grande pour comprendre ces choses là... Anouk, de 9 ans sa cadette, devait être protégée... Quand son père lui avait annoncé qu'il emménageait avec Paola, Ali c'était dit qu'elle comprenait surtout que cette histoire de divorce ne datait pas d'hier et qu’apparemment, ça, elle n'avait pas été assez grande aux yeux de ses parents pour être mise au courant. « Les mecs tous des cons ! » Lui avait alors dit sa pote Lulu. C'est ce qu'elle avait pensé le matin de ce 25 décembre 1998 quand elle avait découvert sous le sapin design de cette conne de Paola ce bel ordinateur tout neuf avec son écran dodu d'un orange translucide et sa petite pomme. Les yeux un peu mouillés de son père l'avait énervée mais... elle était grande. Et puis, Anouck lui avait semblé si heureuse, courant après un petit chien blanc au poil cotonneux apporté par le Père Noël. A l'intérieur, Ali n'en revenait pas. Son père l'avait fait. Il avait acheté à ses deux petites filles ce qu'il leur refusait avant. Il avait acheté l'amour de ses enfants.
Tous des cons... C'est aussi ce qu'elle s'était dit quand Franck l'avait embrassé à la fête d'Irène et qu'il l'avait ignoré le lundi matin au collège. Elle attendait depuis si longtemps et puis là, enfin, son premier baiser. Ils buvaient une bière au goût d'interdit, collés l'un contre l'autre dans un vieux fauteuil. Un chanteur au drôle d'accent braillait une musique saturé sur des accords métalliques... elle adorait ça. A l'abri des regards, elle l'avait laissé glisser sa main sous son t-shirt tandis que le groupe passait en son clair. Quelques jours plus tard, c'était devenu la chanson sur laquelle elle pleurait en repensant à l'éclat froid et moqueur de ses yeux quand elle avait voulu s'avancer vers lui au petit matin devant le collège. Chacun des coups de coude des camarade de Franck, chacun de leurs sourires mesquins, lui arrachait un lambeau de cœur comme un rongeur sur un fruit pourri. « Tous des cons » avait encore dit Lulu en l’entraînant ailleurs. Heureusement les vacances de Noël n'étaient plus loin.
Alors quand quelques semaines plus tard, traînant sur un forum quelconque, elle avait rencontré Sadguy75, elle s'était méfiée un peu. « Encore un c... ». Puis au bout de quelques mails, il lui avait demandé d'expliquer son pseudo. AliSardine. Elle lui répondit qu'elle se sentait à l'étroit dans cette vie et qu'elle avait besoin de sortir de sa boite. « Chagrin d'amour ? » avait il demandé. « Chagrin tout court ». « Créons une boite plus grande, j'ai du chagrin aussi Mona » « Mona ? » « Mon AliSa...rdine... Mona Lisa ». Elle avait rit et avait placé en avatar la peinture de DeVinci reprise par Marcel Duchamps. Il appréciait ses quelques vers adolescent jeté avec colère sur le papier, elle appréciait sa présence rassurante. Elle lui parlait de se père désireux de se faire pardonner et de sa mère infirmière, trop souvent absente... de Franck... Il comprenait. Son père, à lui, était parti il y a bien longtemps. Le laissant seul avec sa mère. Il n'écrivait pas mais lisait beaucoup. Il n'avait pas de petite amie et n'aimait pas le collège. Ali se laissait séduire par cette chaleur, virtuelle certes mais présente, qu'il lui offrait. Elle était rassurée par l'écran qui les séparait comme une parois anti-douleur.

Elle écoutait le petit chien japper et Anouck rire dans le couloir quand enfin « clic ». La page jaune et bleu s'afficha lentement. Elle commençait à avoir certains automatismes. Elle regardait si elle avait un mail pour ensuite démarrer le logiciel de discussion instantanée et regarder si « il » était connecté. Sa mère passa la tête par la porte. « J'y vais Chérie. Le repas est chaud et Anouck a pris sa douche. Tu la couches à 9h. Et le chien ne dort pas avec elle ! » «  Oui Maman, je sais. Ne t'inquiète pas. » Elle regarda sa mère par dessus son écran. Elle ne se maquillait pas beaucoup pour aller travailler et Ali la trouvait belle comme ça avec les fines rides qui habillaient le coin de ses yeux verts et ses cheveux courts. Elle lui reconnaissait un brun de classe comparé à ce serpent de Paola. «  Tu es encore sur cette machine... je ne comprends pas que ton père ai cédé. Ne te couche pas trop tard surtout ! Je te fais confiance. » Sa mère lui jeta un dernier regard, mi inquiet mi triste, avant d'aller donner ses dernières recommandations à Anouck. Puis elle entendit la porte claqué. La soirée était à elle.

Sadguy75 : Bsr Mon Alisa ! Je t'attendais.

AliSardine : Ma mère vient de partir.

Sadguy75 : Encore ? Elle fait beaucoup de nuits en ce moment !

AliSardine : Oui...

Sadguy75 : On devrait se voir. Puisqu'elle n'est pas là.

Les mots semblaient ressortir de l'écran. Presque comme s'il les avait soulignés de rouge ou qu'ils étaient en relief. Se voir ? Elle n'y avait pas songé. Ils n'en avaient jamais parlé, en un mois d'échange.

Sadguy75 : Je peux me déplacer si tu veux. J'en profiterais pour t'amener des livres.

Non elle voulait garder entre eux cet écran de protection. Ne pas le voir. Ne pas mettre de visage. Elle ne voulait pas de ces livres non plus, pas de biens matériels entre eux. Il venait de rompre le charme.

AliSardine : Tu n'as pas école demain ? Moi ma mère me laisserait pas sortir.

Sadguy75 : A mon âge on ne va plus à l'école.

« A mon âge » Ali éteignit l'ordinateur. Elle croisa ses bras sur son bureau et posa sa tête dessus. Tout ça.. tout ça … et tous... tous des...  « Ali tu es triste ? Tu pleures ? » Anouck avait posé sa petite main sur la jambe de sa grande sœur. « Pourquoi tu pleures ? » « Parce que c'est tous des cons... »

« AliSardine est déconnecté » annonçait le module de messagerie. Il savait que ça risquait d'arriver mais il avait senti le bon moment ! La petite étincelle qui faisait qu'elle était prête. Il ne voyait pas le mal, non, il voulait juste passer du temps avec elle ! Ils étaient si seuls, elle et lui... Mais ce n'était pas grave. Il ouvrir une seconde fenêtre Angelise1987 était connectée. Son père devait encore être ivre et elle avait du se connecter alors qu'il ronflait dans le salon. La porte de sa chambre s'ouvrit : « Olivier, il est tard chéri ! Tu es encore sur ton ordinateur ? » Olivier ne prit même pas la peine de cacher ses discutions. Sa mère n'y voyait plus grand chose depuis quelques années. « Je cherche du travail Maman, tu sais bien que ce n'est pas facile. » Sa mère lui caressa les cheveux. « Oui je sais Trésor. Mais un bon garçon comme toi, dans la force de l'âge, tu vas finir par trouver ! » A 38 ans, il préférait rester chez sa mère. Ils avaient peu d'amis, peu de famille... personne ne trouvait cela étrange. La pauvre femme n'allait tout de même pas rester seule ! Après tout ce qu'elle avait sacrifié pour élever son garçon. Elle déposa un baiser sur sa joue. «Il va falloir que tu éteignes. Tes recherches attendront demain matin. » Il prit une voix de petit garçon « Oh encore un peu Maman. Je te promets de ne pas te réveiller en allant me coucher ». Cela fonctionnait à chaque fois, comme s'il avait toujours 14 ans... « Tu seras toujours mon petit garçon Olivier, je ne peux rien te refuser... Tu peux veiller encore un peu mais dans des limites raisonnables, bien entendu. »

Dans des limites raisonnables... bien entendu...

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Et voici le troisième opus de notre Atelier d'écriture "Diderophilement écrit". La consigne était d'écrire un texte de plus ou moins une page dactylographié avec deux phrases imposées: La première " Un panier comme le bonhomme à glace alors!" et la dernière "Dans des limites raisonnables, bien entendu." Nous avions pioché ces deux phrases au hasard dans un roman de ma bibliothèque. Et bien je ne trouve pas que nous soyons particulièrement bien tombés!!! J'ai eu beaucoup de mal à écrire et à finir mon texte. Je trouve que mon thème est "facile", la chute attendue... Un texte que je retravaillerais peut être sur un format plus long. Le déroulement mériterait vraiment d'être retravailler pour lui donner un peu de style. M'enfin, je vous montre tout de même le résultat en me disant que "c'est le jeu". Publier ici est pour moi le moyen de me tenir à mes résolutions de ce début d'année scolaire: écrire.

J'encre le monde et j'entraine avec moi pour cette fois çi:
Pupure la Licorne.

Trésor de Cristal. 

Exercices précédents:
N°1: Une photo/un texte.
N°2: Poésie et mots imposés.